Université Jean Moulin Lyon 3 – IRPhiL

Journée d'études

L’écran, corps ou cerveau ?
Deleuze, Merleau-Ponty et l’écran du cinéma


Sous la direction de
Jacopo Bodini et Stanislas de Courville
ainsi que de Mauro Carbone

 

Date: 26 avril 2022


Argumentaire

 

Dans un célèbre entretien aux Cahiers du cinéma, faisant suite à la publication de L’Image-temps, Gilles Deleuze déclarait : « [l]e cerveau, c’est l’écran ». Alors qu’il avait vertement critiqué la phénoménologie pour avoir assigné un « “ancrage” du sujet percevant dans le monde » là où le cinéma venait précisément le conjurer en instaurant un « univers acentré », il plaçait désormais une image particulière, le cerveau, « c’est-à-dire nous-mêmes », au centre de son « métacinéma ». Cette irruption du cerveau comme « écran noir » arrêtant les images ne nous faisait-il pas retrouver cet ancrage du sujet que Deleuze rejetait au départ, et ce, malgré les précautions de ce dernier le rendant, dans son nouveau « rapport vécu », pathologique et en inadéquation avec le monde ?

 

    À l’inverse, le récent développement de la théorie du cinéma d’inspiration phénoménologique, opéré sous l’influence de la redécouverte de la réflexion de Maurice Merleau-Ponty sur le septième art, a promu un décentrage du corps au nom de la réversibilité voyant-visible toujours imminente et sans cesse à l’œuvre dans la perception comme dans l’acte spectatoriel au cinéma. Un tel décentrage a permis de rejeter les accusations portées par Deleuze à l’encontre de la phénoménologie, et de Merleau-Ponty en particulier, tout en soulevant à nouveau une question fondamentale pour la théorie du cinéma : celle de la place du corps dans l’expérience cinématographique et, au regard de la pensée deleuzienne, son identification ou sa distinction par rapport au cerveau du spectateur.

 

    Cette journée d’étude sera donc consacrée à la réactualisation de ce débat mené dans le creux du tournant philosophique des études cinématographiques. Reprenant comme point de départ les déclarations emblématiques des deux philosophes à propos du cinéma, « un film ne se pense pas, il se perçoit » (Merleau-Ponty) et « le cerveau, c’est l’écran » (Deleuze), elle aura à cœur d’en montrer toute la nuance parfois dissimulée par des conceptions trop étroites de leurs positions comme par leur supposé – à tort ou à raison – antagonisme. Cet événement organisé au sein de l’Université Lyon 3 aura lieu de concert avec une autre journée d’étude, « Cinéma du corps, cinéma du cerveau », qui se tiendra au sein de l’Université Aix-Marseille les 16 et 17 juin 2022 (sous la direction de J. Bodini, S. de Courville et M. Rebecchi). Une publication des produits de la recherche effectuée au cours de ces deux journées est envisagée sous la forme d’un ouvrage collectif dirigé par Jacopo Bodini et Stanislas de Courville.

Université Jean Moulin Lyon 3 – IRPhiL

Colloque international

« Vivre par(mi) les écrans » :
passé et avenir


Sous la direction de
Mauro Carbone
et Jacopo Bodini


 

Dates : 27-29 avril 2022


Argumentaire

 

Au cours de l’année 2013 ont été organisées les premières activités scientifiques du Groupe international de Recherche qui a pris le nom de « Vivre par(mi) les écrans », fondé et dirigé par Mauro Carbone. Évidemment l’inspiration à la source de la fondation de ce Groupe naissait à son tour des recherches que M. Carbone avait développées précédemment en Italie et en France à partir d’une longue et originale réflexion axée sur la pensée de Maurice Merleau- Ponty et tout particulièrement sur les thèmes de la visibilité, des mutations historiques à l’œuvre dans « les rapports de l’homme et de l’Être » (L’œil et l’esprit), ainsi que sur la manière dont ces mutations interrogent la philosophie.

    L’exigence de développer de manière autonome et critique une telle réflexion en la mettant à l’épreuve des mutations historiques, culturelles et technologiques du nouveau siècle (de l’événement du 11 septembre 2001 aux développements de la révolution numérique) ne pouvait que trouver dans le thème de nos rapports aux écrans à différentes époques, et dans les questions concernant les conséquences de ces rapports pour notre être-au-monde, un champ d’investigation particulièrement approprié et fertile, à partager avec des élèves et d’autres chercheurs qui avaient déjà commencé à l’explorer à ses côtés. Les recherches qui se sont développées au cours de ces années ont construit une proposition innovante de réflexion théorique pluridisciplinaire qui a désormais une place internationalement reconnaissable et reconnue dans le champ des études sur les expériences écraniques et, plus généralement, sur les mutations que notre être-au-monde vit à l’ère numérique.

 

    Le présent Colloque vise à solliciter une réflexion collective mettant en dialogue les recherches du Groupe et de son fondateur avec les problématiques les plus récentes qui traversent un tel champ d’études et qui investissent le passé – et même l’« archi-passé » – des écrans ainsi que leur « avenir », pour faire écho au titre du dernier livre collectif édité en 2020 par le Groupe de Recherche : un avenir qui est en train de se dessiner entre les conséquences de la crise sanitaire et celles de la crise climatique, les exigences de l’écologie des médias et la perspective du « métavers ».